Le plan kenyan d'intégration des réfugiés suscite l'inquiétude des réfugiés LGBTQ

Des réfugiés LGBTQ originaires du Soudan du Sud, d’Ouganda et du Congo se rendant au bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés à Nairobi, au Kenya, en 2019, pour demander une protection. Ils ont déclaré avoir fui les camps de réfugiés de Kakuma et de Dadaab afin d’échapper à des incidents mettant leur vie en danger.
À Limuru, au Kenya, Constance, un réfugié ougandais, est profondément inquiet. Un plan national visant à intégrer des centaines de milliers de réfugiés dans la société, le plan Shirika, fait craindre à lui et à ses compagnons réfugiés LGBTQ une marginalisation encore plus grave.
Le plan Shirika a été lancé le mois dernier par les responsables concernés du pays. « Shirika » signifie « se rassembler » en swahili. Ce plan transformera deux des plus grands camps de réfugiés au monde en villes ouvertes, offrant à plus de 800 000 réfugiés la possibilité d’accéder à l’emploi, aux soins de santé et à d’autres services. Il leur permet de quitter les camps et de vivre parmi la population locale kenyane. Constance, qui gère un refuge pour les réfugiés LGBTQ ougandais, a déclaré que l’idée d’intégration était bonne, car elle pouvait garantir aux réfugiés une vie libre et tous leurs droits, au même titre que n’importe quel autre Kenyan. Il n’a toutefois pas divulgué son nom de famille pour des raisons de sécurité.
Constance a toutefois souligné que les organisations représentant la communauté LGBTQ n’avaient pas été invitées aux forums publics organisés dans les grandes villes pour discuter du plan, proposé pour la première fois en 2023. La communauté LGBTQ a de nombreuses préoccupations concernant la sécurité, la santé et le logement, mais elle n’a aucun moyen de les exprimer pendant le processus décisionnel.
John Burugu, commissaire kenyan aux réfugiés, a déclaré que toutes les personnes concernées par le plan Shirika avaient été invitées à s’exprimer. Il n’est pas nécessaire d’assister en personne aux forums de participation publique, et les points de vue des groupes et organisations ayant soumis des avis écrits seront également pris en compte. Mais les organisations défendant les droits des réfugiés LGBTQ craignent toujours que ce groupe vulnérable ne soit négligé.
Le plan pluriannuel Shirika a été salué par le HCR comme une opportunité d’améliorer la vie des réfugiés et de créer des opportunités économiques pour le Kenya. Depuis des années, le Kenya accueille un grand nombre de réfugiés originaires de Somalie, du Soudan du Sud et de la République démocratique du Congo. Beaucoup d’entre eux se sont installés dans les camps tentaculaires de Kakuma et de Dadaab, et leurs enfants y ont grandi. Cependant, les personnes vivant dans ces camps sont confrontées à des restrictions dans leur vie quotidienne. Elles ne peuvent pas légalement ouvrir de comptes bancaires, créer d’entreprises ou travailler. Leurs enfants ne sont pas admis dans les écoles publiques, et les demandeurs d’asile ont besoin d’un permis pour se déplacer dans le pays. La loi kenyane de 2021 sur les réfugiés était censée répondre à ces problèmes, mais des obstacles bureaucratiques et un manque de ressources ont empêché sa mise en œuvre complète.
Lors du lancement officiel du plan Shirika, Filippo Grandi, Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, a déclaré que ce plan montrait que les réfugiés pouvaient passer d’une dépendance à l’aide humanitaire à une plus grande autonomie. Les personnes concernées ont également souligné que ce plan est axé sur les droits de l’homme. Sa mise en œuvre est prévue d’ici 2036, pour un coût d’environ 943 millions de dollars. Les fonds proviendront de la Banque mondiale, du HCR et d’institutions privées, et le gouvernement du pays allouera également des fonds dans son budget de juin.
Cependant, ce plan s'est heurté à l'opposition de certains chefs de communauté. Daniel Epuyo, député de la circonscription de Turkana Ouest où se trouve Kakuma, a déclaré que les chefs de communauté n'avaient pas été suffisamment consultés et qu'ils préféraient le rapatriement des réfugiés à leur intégration.
Ces dernières années, le sentiment anti-LGBTQ s'est accru dans certaines régions d'Afrique. Les militants craignent que le plan Shirika n'aggrave cette situation au Kenya. Le Kenya était autrefois un refuge pour les réfugiés LGBTQ. En 2021, 1 000 Ougandais y ont demandé l'asile, et ce nombre pourrait avoir augmenté depuis que l'Ouganda voisin a adopté en 2023 une loi prévoyant la peine de mort pour « homosexualité aggravée ». Bien que le Kenya dispose de lois criminalisant les relations entre personnes du même sexe, celles-ci sont rarement appliquées. Cependant, des cas d’abus et de discrimination homophobes continuent de se produire, et la communauté LGBTQ, y compris les réfugiés, pourrait devenir la cible d’attaques politiques. L’année dernière, le commissaire kenyan aux réfugiés a déclaré que la persécution liée à l’identité LGBTQ ne pouvait pas constituer un motif de protection au Kenya.
Craig Paris, directeur exécutif de la Refugee Coalition of East Africa, a souligné que les agressions homophobes sont fréquentes dans les camps de réfugiés, en particulier à Kakuma. Cela signifie qu’en vertu du plan Shirika, le gouvernement doit prendre des mesures préventives. Kamya Chrisestom, une réfugiée transgenre qui a été agressée à Kakuma, craint que sa sécurité ne puisse être garantie après son intégration au sein de la communauté locale.
Ibrahim Kazibwe, fondateur de l’Organisation pour l’autonomisation et l’entraide communautaire, a déclaré que des groupes LGBTQ avaient adressé une pétition aux organismes donateurs afin qu’ils fassent pression sur le gouvernement du pays pour qu’il intègre les droits des personnes homosexuelles dans le plan Shirika. Ils espèrent que, puisque ce plan est axé sur les droits de l’homme, les droits de la communauté LGBTQ devraient également y être inclus.
Njoki Mwangi, porte-parole du HCR à Nairobi, a déclaré que le HCR avait travaillé en étroite collaboration avec le gouvernement du pays pour veiller à ce qu’« aucun groupe ne soit laissé pour compte », et que l’inclusivité et la non-discrimination constituaient des principes directeurs fondamentaux. Mais de nombreux réfugiés homosexuels affirment que le retard de plusieurs années pris par le gouvernement dans le traitement de leurs demandes d’asile a sérieusement entravé leur accès aux droits qui leur reviennent. Constance, 32 ans, et 15 autres Ougandais vivent dans la ville de Limuru, au nord-ouest de Nairobi, tous dans l’attente des résultats de leurs demandes d’asile. Constance n’a pas reçu d’approbation depuis sa première demande il y a huit ans. Cette longue attente l’a épuisé. Il a passé la dernière étape de la procédure d’examen en 2023, mais n’a toujours pas reçu de réponse.
Rédacteur : Robin
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