En Mauritanie, les personnes LGBTQ dissimulent leur identité face aux risques juridiques et à la stigmatisation sociale

Situation géographique de la Mauritanie en Afrique du Nord-Ouest. (Carte fournie par Wikimedia Commons)
En Mauritanie, les relations sexuelles entre personnes du même sexe sont criminalisées par le code pénal, qui prévoit la mort par lapidation pour les hommes, bien que le gouvernement ait confirmé en 2021 un moratoire de facto sur la peine capitale. Malgré cela, des informations faisant état d’arrestations et de détentions pour des chefs d’accusation liés à ces pratiques persistent ces dernières années, parallèlement au harcèlement des personnes LGBTIQ.
La crainte généralisée de la discrimination, du rejet et de l'ostracisme social conduit de nombreuses personnes LGBTIQ à garder leur identité secrète, ce qui se traduit par une faible visibilité publique. Ce secret perpétue la stigmatisation et limite l'accès à l'aide. Le pays sert de refuge à certaines personnes LGBTIQ originaires du Sénégal depuis 2008, date à laquelle les controverses publiques sur l'homosexualité s'y sont intensifiées. Certaines personnes LGBTIQ sénégalaises ont obtenu le statut de réfugié auprès du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, mais elles continuent de faire face à des risques juridiques importants, à des problèmes de santé et au rejet de la société, ce qui complique les efforts visant à obtenir une protection et une assistance adéquates.
La loi vise spécifiquement les hommes musulmans, et son application aux hommes non musulmans reste incertaine. Les preuves de son application comprennent des arrestations occasionnelles. Un incident notable survenu en 2020 dans la capitale, Nouakchott, a donné lieu à l’arrestation de dix personnes à la suite de la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo qui aurait montré un mariage entre personnes du même sexe. La police a précisé par la suite qu’il s’agissait d’une fête d’anniversaire, après avoir initialement placé le groupe en détention pour « imitation de femmes ». Selon les dossiers de police, huit hommes ont avoué être homosexuels lors de leur interrogatoire sans assistance juridique, bien qu’ils soient revenus sur ces déclarations lors du procès.
Huit d’entre eux ont été reconnus coupables et condamnés à deux ans d’emprisonnement pour « outrage aux bonnes mœurs » et « incitation à la débauche » en vertu des articles 264 et 306 du code pénal, respectivement. Une femme a été condamnée à un an d’emprisonnement avec sursis pour avoir participé à l’« incitation à la débauche » en assistant à l’événement, tandis que le propriétaire du restaurant a été acquitté.
Les observateurs des droits humains notent que le cadre juridique et les attitudes sociétales créent un climat de peur, entravant la libre expression et la défense des droits au sein des communautés LGBTIQ. Bien que la peine de mort ne soit pas appliquée, la menace qu’elle fait peser et le harcèlement constant constituent des obstacles majeurs. La situation en Mauritanie illustre les défis complexes auxquels sont confrontées les régions qui doivent concilier les interdictions légales et les réalités sociales pour les minorités sexuelles.
Rédaction Afrique : Adeola





